La Peur

France Loisirs

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Gabril Chevallier / Gros format souple
«Le danger de ces communautés (les peuples), fondées sur des individus caractéristiques d'une même sorte, est l'abêtissement peu à peu accru par hérédité, lequel suit d'ailleurs toujours la stabilité ainsi que son ombre.»

Nietzsche

Le feu couvait déjà dans les bas-fonds de l'Europe, et la France insouciante, en toilettes claires, en chapeaux de paille et pantalons de flanelle, bouclait ses bagages pour partir en vacances. Le ciel était d'un bleu sans nuages, d'un bleu optimiste, terriblement chaud : on ne pouvait redouter qu'une sécheresse. Il ferait bon à la campagne ou à la mer. Les terrasses de café sentaient l'absinthe fraîche et les Tziganes y jouaient La Veuve joyeuse, qui faisait fureur. Les journaux étaient pleins des détails d'un grand procès qui occupait l'opinion; il s'agissait de savoir si celle que certains appelaient la «Caillaux de sang» serait acquittée ou condamnée, si le tonnant Labori, son avocat, et le petit Borgia en jaquette, cramoisi et rageur, qui nous avait quelque temps gouvernés (sauvés, au dire de quelques-uns), son mari, l'emporteraient. On ne voyait pas plus loin. Les trains regorgeaient de voyageurs et les guichets des gares distribuaient des billets circulaires : deux mois de vacances en perspective pour les gens riches.